OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 LGBT: la lutte de la rue aux ministères http://owni.fr/2011/06/29/lgbt-la-lutte-de-la-rue-aux-ministeres/ http://owni.fr/2011/06/29/lgbt-la-lutte-de-la-rue-aux-ministeres/#comments Wed, 29 Jun 2011 15:05:12 +0000 Thierry Schaffauser http://owni.fr/?p=72069 Je vis au Royaume-Uni depuis 2007. Ici, l’égalité des droits existe officiellement depuis que le Civil Partnership Act reconnait aux couples de même sexe les mêmes droits qu’aux couples hétérosexuels. Seul le mot mariage est différent, mais ça aussi on nous dit que ça va arriver. Alors oui, ça crée une différence énorme parce que symboliquement les hétéros britanniques doivent s’habituer depuis 2005 à ce qu’on soit réellement leurs égaux en droits. Il ne s’agit pas que du civil partnership ou de l’adoption. Il y a aussi, par exemple, des trucs qui ne risquent pas d’exister en France pour bientôt parce qu’en France, on est contre le communautarisme.

C’est ce qu’on appelle ici la diversity policy ou affirmative action traduit incorrectement en français par « discrimination positive ». Des entreprises s’engagent à embaucher des homosexuels, les chaînes de télévision à avoir des personnages ou animateurs homosexuels, la police recrute des gays et des lesbiennes au sein du LGBT police board qui se spécialise dans l’accueil des victimes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres) et l’investigation des crimes homophobes et transphobes. Les syndicats ont des conseils spécifiques pour les minorités, dont les LGBT, afin de traiter spécifiquement les discriminations homophobes dans le monde du travail, les agences d’adoption passent des pubs dans la presse gay pour nous inciter à adopter et nous convaincre que nous pouvons nous aussi être de bons parents.

Coming out, en anglais dans le texte

En plus de ces politiques communautaristes assumées, il y a une très forte visibilité presque partout. On n’attend plus que les footballers professionnels fassent leur coming out. Sinon, on a déjà des dizaines de députés et ministres ouvertement gays, des évêques de l’Eglise anglicane, des humoristes, des tonnes de célébrités qui se marient devant les cameras et les photographes des magazines, et quand on parle de stars, c’est du genre Elton John, Jimmy Somerville ou George Michael, des stars internationales donc. Faut dire que la pratique de l’outing n’a pas été qu’une menace ici, et on voit le résultat.

Enfin dernière différence, le mouvement gay ici est riche. En France, on a Pierre Bergé. Au Royaume-Uni, il y en a des dizaines qui financent toutes sortes de charités au profit de la communauté. En France, on milite sans argent ou on est dépendant de la subvention de la Mairie de Paris qu’il ne faut surtout pas critiquer. Au Royaume-Uni, ils font du fundraising et du networking afin d’avoir l’appui de gens puissants. Le Labour party a permis beaucoup de ces réalisations, mais le nouveau gouvernement de coalition entre les conservateurs et les libéraux ne revient pas sur les mesures d’égalité. C’est acquis pour tout le monde.

Alors vous me direz que ça a l’air bien. Ils ont presque tout. Oui, c’est vrai, on a presque tout si on est riche et puissant. Mais en réalité le mouvement gay n’existe plus depuis la campagne contre la section 28 qui interdisait de parler de façon positive ou neutre de l’homosexualité. Le mouvement gay au Royaume-Uni, c’est juste un business, tout comme la lutte contre le sida d’ailleurs. Pride London n’a aucun message politique et pense juste à devenir la plus grande Europride pour 2012. Il s’agit juste d’une fête commerciale et les associations qui veulent l’autorisation de défiler derrière les barrières de ‘sécurité’ de la parade doivent payer les organisateurs. Les autres ne peuvent que regarder passer les associations, compagnies et différents représentants d’industries défiler. On y va pour applaudir les militaires et les policiers gays dans leur uniforme et ils reçoivent en général un accueil chaleureux car ici ce sont leurs ‘boys’ et que le pays est en guerre.

Officiellement il n’y aurait pratiquement plus d’homophobie dans le pays. Donc plus besoin de militer. Il y a de toute façon des lobbyistes professionnels qui sont payés par les organisations pour faire ce travail-là. L’organisation Stonewall avait été fondée par des homosexuels riches dont des célébrités comme l’acteur Ian McKellan. Aujourd’hui, elle reçoit énormément d’argent de donateurs privés, mais aussi de fonds publics car elle sait se rapprocher de politiques influents. Des groupes de professionnels gays se mettent en réseau pour se promouvoir les uns et les autres dans les sphères économiques et politiques. La presse gay n’a donc pas grand-chose à dire à part vendre des produits pour les gays d’entreprises gay ou gay-friendly.

La seule homophobie qui resterait viendrait principalement des minorités religieuses, des communautés migrantes ou ethniques, des personnes des classes sociales inférieures. C’est ce qu’on peut lire en tout cas dans certains articles de la part de journalistes gays qui parlent à présent d’« homophobie musulmane » et croient savoir que dans certains quartiers de Londres comme Hackney et Tower Hamlets, l’homophobie serait plus forte qu’ailleurs. Un peu comme quand on parle des banlieues en France.

Pourtant, d’après moi, le mouvement gay est en train de perdre énormément en ce moment au Royaume Uni. Non pas à cause des musulmans, qui sont en fait de plus en plus nombreux eux aussi à soutenir l’égalité des droits, mais à cause des politiques de coupes budgétaires du gouvernement. Officiellement, le gouvernement soutient les droits LGBT et il est même prêt à les renforcer. En pratique, depuis qu’il est en place, il prétend que le pays est en situation de dette extrême à cause du gouvernement précédent qui, il est vrai, a donné beaucoup d’argent à ses amis des banques, et il faudrait à présent faire des économies. Bizarrement, l’idée d’augmenter les impôts, de stopper l’évasion fiscale des riches, ou d’arrêter des guerres coûteuses ne leur vient pas à l’esprit, mais réduire les services publics et les dépenses de l’Etat, ça ils kiffent. Il se trouve que parmi les coupes budgétaires, il y a en fait toutes ces subventions aux associations qui se sont spécialisées dans ce qu’on appelle ici le secteur volontaire. Au lieu d’embaucher des fonctionnaires, le gouvernement précédent a donné beaucoup d’argent à des organisations qui vont offrir des services spécifiques auprès de communautés particulièrement vulnérables.

Militants professionnels

Plein d’associations LGBT se sont créées dans les dernières années quand le Labour était au pouvoir pour faire ce travail communautaire. Broken Rainbow [en] aide les victimes de violences domestiques au sein des couples de même sexe, Galop [en] lutte spécifiquement pour aider les victimes d’homophobie, Stonewall Housing [en] tente d’aider les LGBT à se loger, Open Doors [en] s’occupe des LGBT âgés, etc. Tous ces groupes perdent leur financement public ainsi que les services VIH de prévention ou de dépistage. Il n’y a plus d’argent pour mener des enquêtes profondes contre les crimes de haine ou assurer la sensibilisation aux cultures LGBT dans les écoles à l’occasion du LGBT History month [en] chaque mois de février. Bref, tout ce que nous avons gagné en droits, ces organisations qui apportent une aide concrète au sein de la communauté auprès des personnes les plus vulnérables sont en train de le perdre en moyens et risquent parfois de disparaitre. Selon moi, c’est la pire menace depuis Section 28, sauf qu’officiellement les leaders des organisations LGBT mainstream qui ne sont plus vraiment militants, mais des professionnels, ne portent pas de discours sur ces coupes budgétaires. La plupart sont de toute façon des hommes conservateurs qui soutiennent la politique du gouvernement et ne considèrent en rien ces coupes comme une question gay.

Il est vrai que l’ensemble du pays est concerné par les coupes budgétaires et les gens se préoccupent plus de leur service public que du budget de ces associations. Mais la gestion d’un budget, c’est une question très politique, non ? Le fait que les gays, lesbiennes, bis et trans’ puissent être davantage concernés par l’accès aux services publics, l’accès aux soins par exemple, c’est bien une question politique qui devrait intéresser la communauté ? Pour l’instant, seuls quelques groupes queer radicaux comme Queer Resistance, ou des syndicalistes LGBT tentent de dénoncer cette situation. La question de ces coupes budgétaires ne sera pas une revendication de Pride London ni des journalistes gays qui sont plus préoccupés pour l’instant par les musulmans homophobes.

Récemment, l’association Stonewall a remis un prix à la ministre du Home office Teresa May, car ce ministère aurait une politique de non-discrimination et serait gay-friendly auprès de ses employés gays. Pourtant, Teresa May a voté à plusieurs reprises dans le passé contre les droits LGBT ou contre le droit à l’avortement. Elle a sans doute changé entre temps. C’est ce qu’elle dit. Mais les pratiques d’expulsion des demandeurs d’asile LGBT de la part de son ministère, elles, n’ont pas changé. Stonewall avait déjà été sous le feu des critiques l’année d’avant pour avoir nominé la journaliste lesbienne Julie Bindel pour un prix similaire. Or, Bindel, influencée par un féminisme radical séparatiste, est également fortement controversée pour ses prises de position sur les trans’ et les travailleurs du sexe. Manifestement Stonewall n’y avait pas pensé.

Aujourd’hui en France on nous dit de marcher en 2011 et de voter en 2012. On devine que ça veut dire voter pour les partis de gauche et le Parti socialiste de préférence. Mais une fois que certains dans notre mouvement obtiendront les postes qu’ils convoitent depuis longtemps, et que certains ont déjà d’ailleurs, que va-t-il se passer pour les autres ? On nous dit qu’on aura le mariage et l’adoption et je veux bien croire que le PS le fera. Mais que va-t-il arriver pour les autres qui ne sont pas dans une situation de vie de couple ou familiale, voire qui rejettent ce mode de vie ? Est-ce que le mouvement gay ne risque pas de s’arrêter tout simplement une fois que chacun pensera que nous avons acquis l’essentiel avec l’égalité des droits? N’est-ce pas ce qui est déjà en train d’arriver quand on nous appelle juste à voter comme s’il suffisait de faire confiance à nos élus ?

Récupération impérialiste

Surtout, il faudrait comprendre que ce mouvement n’est pas que gay, ou pas que LGBT, si on prétend sérieusement à l’inclusion. Les hommes gays ne peuvent pas parler au nom des LBT comme ils le font, et c’est pour ça que je parle surtout de mouvement gay dans ce texte au lieu de reprendre l’ensemble LGBT habituel qui finalement ne veut rien dire à part une forme de récupération impérialiste si je comprends bien la critique de Lalla Kowska-Régnier.

Ce mouvement est aujourd’hui représenté par des personnes qui font en partie carrière grâce à lui. Mais j’aimerais que nous n’oublions pas qu’il a été initié et vit encore à travers des personnes qui se battent parce qu’elles savent qu’elles n’ont plus rien à perdre. Je pense aux personnes qui n’ont ni carrière, ni réputation, ni famille à défendre ou à protéger. Je pense aux putes, folles, trans’, squatters, usagers de drogues, séropos, précaires, chômeurs, banlieusards, butches, immigrés, SDF, etc. Toutes ces personnes qui sont parfois stigmatisées comme trop radicales, donnant une trop mauvaise image, trop sexuelles, trop communautaristes, trop en colère, trop hystériques ; toutes ces personnes qui n’ont même pas la possibilité de cacher qui elles sont dans un placard doré, qui ne peuvent pas acheter l’acceptation des hétéros car elles n’ont pas d’argent, et qui n’ont pas de garde du corps pour les protéger quand elles se font agresser. Ces personnes, à y regarder de plus près, forment la majorité de notre communauté.

Notre avenir, ce n’est pas juste un bulletin de vote dans l’urne et une ou deux lois. Notre avenir doit rester politique et penser au delà des catégories LGBT. Notre avenir, c’est de continuer à lutter jusqu’à ce que tout le monde bénéficie de ce mouvement de libération. Notre libération sera commune et celle de toutes ou ne sera pas.


Article initialement publié sur Minorites.org sous le titre “LGBT du futur : clientélisme politique et coupes budgétaires”
Crédits Photo FlickR CC by-nc lewishamdreamer / by ceajae / by-nc KJGarbutt

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Jeunes gays, demain ce sera bien http://owni.fr/2011/06/16/itgets-better-youtube-homosexualite-jeun/ http://owni.fr/2011/06/16/itgets-better-youtube-homosexualite-jeun/#comments Thu, 16 Jun 2011 13:39:44 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=67696 (tous les  liens de cet article redirigent vers des ressources en anglais)

Le 22 septembre 2010, vers 21 heures, la nuit s’installe entre les gratte-ciels. Sur le pont George Washington qui relie le nord de Manhattan au New Jersey, des passants trouvent un porte-feuille contenant un permis de conduire et une carte d’identité. Le jeune Tyler Clementi a sauté quelques minutes plus tôt.

Trois jours avant, le 19, Tyler prévoyait de passer une soirée en compagnie de son copain. Il avait avertit son colocataire qui racontait alors sur Twitter :

Mon colocataire a demandé la chambre jusqu’à minuit. Je suis allé dans une autre chambre et j’ai allumé ma webcam. Je l’ai vu embrasser un homme. Youpi !

Deux jours plus tard, le colocataire poste un nouveau tweet :

À tous ceux qui ont iChat, je vous défie de me rejoindre pour un chat vidéo entre 21 heures 30 et minuit. Oui, ça se reproduit à nouveau.

Sur le forum JustUsBoys.com, dans une conversation retrouvée par Gawker, le jeune Tyler s’inquiétait. Ayant aperçu le message sur Twitter, il demandait aux membres quelle solution trouver pour régler ce problème d’espionnage. Son dernier message sur le site raconte qu’il va remplir un formulaire pour changer de chambre. Le lendemain, il est mort.

“Ça va aller mieux”

Une demie-douzaine de suicides de jeunes homosexuels est très médiatisée en septembre 2010. Dan Savage, chroniqueur pour The Stranger, journal de Seattle, rappelle dans une de ses chroniques que 9 jeunes homosexuels sur 10 se font harceler pendant les années lycées. Jeunes auxquels on peut ajouter ceux dont on suppose l’homosexualité sans qu’elle ne soit avérée.

Il explique ensuite qu’il aimerait aller dans les écoles expliquer que ça peut s’arranger, faire de la pédagogie. Cependant, dans de nombreuses écoles, la porte est fermée aux personnes souhaitant évoquer l’homosexualité. Alors qu’ils viendrait pour raconter la difficulté de faire accepter son homosexualité, certains parents et professeurs considèrent ces interventions comme des convertissements.

J’aurais aimé lui parler ne serait-ce que cinq minutes pour lui expliquer que ça s’améliore ensuite,  mais c’est impossible. Il m’est alors apparu que je pouvais lui parler grâce aux réseaux sociaux.

Devant ce constat, il enregistre avec son mari une vidéo où il explique que, malgré le harcèlement dont ils furent tous les deux victimes à l’école, c’est allé mieux ensuite, ils se sont rencontrés et sont aujourd’hui heureux. Ils ajoutent que, globalement, ça va mieux après. Dan Savage héberge la vidéo sur une chaîne Youtube créée pour l’occasion et intitulée It Gets Better . Il invite ses lecteurs, dans sa chronique, témoigner à leur tour et à déposer leurs messages de soutiens et d’espérance sur la chaîne Youtube à destination des jeunes qui font face à ces problèmes à l’école.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les contributions arrivent alors nombreuses, poussées entre autres, par la médiatisation du suicide de Tyler Clementi qui a eu un écho important au même moment. L’initiative est rapidement relayée par les médias nationaux et  un site est alors construit avec Blue State Digital, cheville numérique de la campagne en ligne de Barack Obama, pour encourager la production et la dissémination des vidéos.

Les personnalités politiques, comme Barack Obama, et de nombreuses entreprises profitent pour témoigner à leur tour et se lancer dans l’aventure It Gets BetterApple, Pixar et Facebook ou Gap ont, par exemple, proposé leurs versions. Tombant parfois dans le gaywashing, telle cette publicité pour Google Chrome utilisant la campagne.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

“Donnez leur de l’espoir”

L’intérêt de cette campagne, selon Mary L. Gray, sociologue et anthropologue, est que Youtube offre un espace de dialogue important et que ces vidéos peuvent sauver quelques jeunes qui y trouvent une aide bienvenue et une occasion d’imaginer leur futur. Les réseaux sociaux permettent un dialogue quand il est parfois difficile de trouver un interlocuteur avec qui parler de sa sexualité près de chez soi.

Parmi les 20 000 vidéos créés depuis le 21 septembre 2010, certains témoignages sont très émouvants comme celui d’un élu de Fort Worth, au Texas qui raconte le suicide d’un jeune lycéen de son administration à l’âge de 13 ans. Il enchaîne ensuite sur une confession sur les difficultés qu’il a rencontré pendant ses jeunes années.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Souffre et attends

Cependant l’opération révèle plusieurs problèmes assez importants raconte Mary L. Gray. Le premier est l’attitude attentiste qu’il suppose : la seule chose qui règlerait les agressions homophobes serait le temps. La campagne, même si elle donne de l’espoir aux jeunes agressés, ne règle pas le problème du harcèlement à l’école et entérine l’idée que celui-ci est irrévocable et normal. Elle suppose également que tout harcèlement est homophobe et que si un jeune fait trop efféminé, et est agressé, c’est qu’il est homosexuel.

L’école est le moment où l’on apprend à devenir des adultes, des citoyens et des employés. Tout comportement ne correspondant pas à ce qui est considéré comme normal peut donc être cause d’intimidation par ses pairs. En France, en mai 2011, Luc Chatel était un des premiers ministres à évoquer publiquement le sujet, en ouvrant les Assises nationales sur le harcèlement à l’École.

Dans cette quête du camarade de classe normal, un des problèmes est celui du genre et de la sexualité. À ce niveau, le lycée, et particulièrement aux États-Unis confie Mary L. Gray, est le lieu où sont produits des rituels permettant de faire apparaître une masculinité et une féminité normée. Notamment en s’affichant avec une petite-amie ou un petit-ami et plus globalement en se comportant comme son genre le suppose.

Un des effets de cette normalisation affichée est que les personnes débordant un peu trop de leur genre sont qualifiées de pédales, de tapettes en France et de sissy ou de fag ou de queer aux États-Unis. Elles sont également brutalisées, poussées dans les couloirs, moquées, et donc exclues. Le suicide devenant quatre fois plus problable chez les jeunes homosexuels.

Témoins trop urbains

Tout au long des vidéos de la campagne It Gets Better, une autre impression assez étrange flotte, celle qui voudrait qu’il faut obligatoirement quitter sa province coincée pour échapper aux autres et rejoindre une ville plus ouverte où les homosexuels peuvent rencontrer des amis et des conjoints. Une vision légèrement bobo de la ville accueillante et de la campagne rustre. Dans les faits, et au moins aux États-Unis, de nombreux homosexuels vivent très bien sans quitter leur village natal.

Peu d’études se sont penchées sur ces homosexuels des champs. Dans son livre retraçant ses recherches, Out in the Country, Mary L. Gray explique que dans chaque comté aux États-Unis on peut trouver des couples homosexuels. Ils sont cependant beaucoup plus discrets que dans les villes. D’une part parce que les combats LGBT —lesbiens-gay-bi-trans—sont plutôt focalisés sur une vision urbaine de l’homosexualité. D’autre part parce qu’ils ne disposent pas des ressources et lieux de rencontres qui pourraient leur permettre d’échanger avec d’autres. Selon ses recherches, Mary L. Gray a découvert que plus tôt les jeunes faisaient leur coming out, plus ils restaient autour de leur lieu de naissance et qu’ils arrivaient à s’arranger avec leurs familles.

Dans un article sur son blog, elle explique qu’une solution, en plus des témoignages émouvants qui nous expliquent que ce sera mieux demain, serait d’essayer que ça soit mieux aujourd’hui. Ou comment It gets better pourrait devenir Make it better.


photo Flickr cc Alexandre Léchenet

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Rick Santorum: pas une référence http://owni.fr/2011/06/14/santorum-google-bombing-sodomie-referencement-sexe/ http://owni.fr/2011/06/14/santorum-google-bombing-sodomie-referencement-sexe/#comments Tue, 14 Jun 2011 09:51:54 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=67756

Un mélange mousseux de matière fécale et de lubrifiant, effet secondaire apparaissant parfois suite à un rapport sexuel anal.

Cette définition presque parfaite méritait un nom. Grâce à un concours organisé par Dan Savage, tenant une chronique sur le sexe pour The Stranger, le terme est trouvé. Il s’agit du santorum. Du nom du sénateur républicain Rick Santorum, candidat à la primaire de son parti pour l’élection présidentielle de 2012. Mais l’histoire est plus compliquée que ça.

Tout commence en 2003, après que Rick Santorum a tenu des propos choquants sur l’homosexualité. Rappelant ceux récents de Brigitte Barèges en France, il assimile l’homosexualité à l’inceste, la pédophilie et compare celle-ci à des comportements bestiaux:

La définition du mariage n’a jamais inclus l’homosexualité. Et il ne s’agit pas que des homosexuels, mais aussi “homme + enfant” et “homme + chien”.

Dan Savage propose alors dans une chronique de redéfinir le terme santorum, de la même façon que le sénateur a redéfini l’homosexualité. Il lance alors un concours parmi ses lecteurs pour trouver la parfaite définition et nommer une position sexuelle en son honneur.

Pendant plusieurs semaines, il publie les meilleures contributions avant de tomber sur celle qui lui semble coller parfaitement, même si elle ne qualifie pas un acte sexuel :

C’était la définition parfaite. Il n’y avait pas de nom auparavant pour cela. Ça n’entrait en compétition avec aucune autre proposition. Ce n’est pas bienvenu. Si vous faite une sodomie correctement, ça n’arriverait pas. Et si ça arrive, c’est un peu tue-l’amour, ce que serait l’arrivée du sénateur dans la pièce au même moment.

Une fois la définition trouvée, il la met en ligne sur SpreadingSantorum.com et attend que le sénateur évoque l’opération pour lui donner de l’importance. Le blog mis en ligne sert également à suivre la dissémination du terme. Et utilise l’aide involontaire du moteur de recherche Google pour propulser son terme en tête des résultats.

Le bombardement Google (ou Google Bombing) est une méthode de référencement permettant de fausser les résultats sur un terme ou une expression précise. En effet, pour qualifier les URL qu’il visite, le crawler utilise entre autres le terme qui décrit le lien. Cette technique avait été utilisée par des militants, par exemple en 2007, où de nombreux internautes avaient fait des liens vers le site de Nicolas Sarkozy grâce au terme Iznogoud. Si bien que lorsqu’on tapait iznogoud, le premier résultat était le site de campagne du Président actuel.

Aujourd’hui, aux portes de la primaire, on peut imaginer le problème de Rick Santorum. Car 8 ans après la création du terme, il apparaît toujours en tête des requêtes et est devenu un vrai nom commun, utilisé de manière régulière. Maureen O’Connor, journaliste pour CNN, parlait en février dernier du problème Google du candidat :

Autant il est facile de cacher un site en particulier au fond des réponses de Google, autant essayer d’enterrer son propre nom est tout simplement impossible.

Car les spécialistes de l’e-réputation semblent impuissant face à cette mixture qui apparaît en première position. Et le terme n’a pas fini de faire parler de lui. Le 9 mai 2011, Jon Stewart, présentateur de The Daily Show, parlait des candidats à la primaire républicaine et soulignait leur manque de popularité. Au moment d’évoquer Rick Santorum, il déclare  :

Peut-être que ce candidat n’aimerait pas que vous le googliez. Et si vous n’avez pas saisi cette blague, allez faire un tour sur Google, santorum veut dire quelque chose d’autre…

Petite annonce qui a fait de ce terme un des plus recherchés sur le moteur de recherche le lendemain, relançant l’intérêt pour le petit problème de référencement du candidat.


image de l’American Congress et captures.

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Coming out by Google http://owni.fr/2011/06/10/coming-out-by-google-gay/ http://owni.fr/2011/06/10/coming-out-by-google-gay/#comments Fri, 10 Jun 2011 09:02:39 +0000 Didier Lestrade http://owni.fr/?p=67257 Donc Le Monde a publié le 15 février dernier un article sur les Français qui semblent être obsédés à l’idée de savoir quelles sont les personnalités juives du pays. Il suffit d’aller sur Google et de taper le nom de telle ou telle personnalité, politique ou pas, et de voir quel est le premier référencement qui apparaît à côté de ce nom. Un autre article du Nouvel Obs signalait que les Français ont l’air de s’intéresser à d’autres questions curieuses assez proches.

Et maintenant, un autre scandale éclate en France sur un ancien ministre qui aurait participé à des sauteries avec de jeunes garçons au Maroc. Comme la vie privée est particulièrement bien gardée dans ce pays, que les médias ne sont pas vraiment connus pour leur curiosité, et que le Off the record est comme une double personnalité, on dirait que la soif de curiosité commune à tous, c’est l’homosexualité. Vous voyez quelqu’un qui vous intrigue à la télé ou dans la presse, c’est parfois une grosse folle qui n’a pas fait son coming-out et vous réalisez que pas un journaliste n’a eu le courage de lui demander quoi que ce soit. Moi homosexuel ? Mais enfin, cela ne vous regarde pas!

Mais Google est là et merci quoi. Google révèle ce que vous voulez savoir. Pour chaque personne qui demande au devin Google de lui dire si Lambert Wilson est gay ou pas, le moteur de recherche comptabilise la demande. Et plus les demandes sont nombreuses et plus les réponses montent en première page. Cela ne veut pas dire qu’on a la réponse à la question. Cela veut dire que vous n’êtes pas le seul à vous la poser, loin de là. On arrive au stade évident où Google est l’agrégateur favori du coming-out. Il suffit de taper le nom de quelqu’un pour vérifier la puissance statistique de la « rumeur » et si on peut se faire une idée.

Ce qui est fascinant, c’est que pas un seul groupe gay n’a vraiment utilisé cet outil. Il y a des dizaines et des dizaines de gays et de lesbiennes qui ne font pas leur coming-out et qui, pire encore, remplissent des fonctions où leur inaction en faveur des gays et des lesbiennes les met dans une position de lâcheté politique. Pire encore, certains utilisent le secret qui entoure leur identité pour imposer encore plus le tabou autour d’eux, dans leur entreprise, dans leur parti politique. Ils travaillent dans l’éducation, mais se désintéressent de l’homophobie à l’école, au lycée, à la fac. Ils sont chefs d’entreprise, mais cautionnent le bullying et la discrimination. Ils sont journalistes, mais évitent soigneusement toutes les news liées à l’actualité LGBT. Ils font partie de l’élite, mais menacent d’action juridique quand on leur dit qu’on est au courant de toutes leurs pratiques sexuelles – dont certaines ne sont pas safe.

Folles ≠ Geeks ?

Ces associations LGBT soit-disant « radicales » n’ont jamais pensé à utiliser Google comme base d’un argument politique. OK les Panthères Roses ont peut-être du mal avec Safari ou Firefox. OK, Act Up, ou ce qu’il en reste, doit avoir tous ses ordis en panne. Et les célébrités en question n’ont toujours pas compris comment on fait, techniquement, pour disparaître de certaines questions posées par les moteurs de recherche. Ou alors, pensent-ils, c’est une manière de faire leur coming-out sans le faire. Imaginons qu’ils se disent “Bah, je ne l’ai jamais caché, il suffit de taper mon nom sur Google et vous avez la réponse !”. Cela devient le coming-out non officiel, l’affirmation en demi-teinte, le Who’s Who underground, l’identité gay du pauvre, le Facebook des non-amis, l’antichambre de la vérité. Le problème, c’est que nous, les gays, on a développé le gaydar, cette intuition qui nous permet de reconnaître (presque à 90%) qui est gay ou pas. Le reste des mortels a besoin de Google. Parfois, c’est le gaydar des hétéros.

Arrêtez de pleurer. C’est ce qui se passe quand on devient une personnalité publique. Les gens disent n’importe quoi sur vous. Ils croient que vous leur appartenez. Et ça ne part pas d’un mauvais sentiment, ils sont souvent fans vous savez. Bien que je me sois toujours demandé comment on pouvait être fan de Marc-Olivier Fogiel. Mais comme le militantisme gay d’aujourd’hui est au point mort dans ce pays, puisque le coming-out a été mis à la trappe du calendrier homosexuel, puisque le PS a vraiment d’autres chats à fouetter que de pousser un ou deux députés à faire leur coming-out (pas un seul député gay à l’Assemblée Nationale, bravo), puisqu’on persiste à vouloir se moquer de nous en disant que la sexualité n’est pas un sujet d’intérêt dans la République laïque, que c’est même grossier de poser des questions intimes vous devriez avoir honte, alors il ne faut pas s’étonner quand les gens prennent le contrôle de leurs doigts sur le clavier de l’ordi et cherchent les noms des personnes les plus lâches de l’élite. S’ils sont pathologiques sur leur identité, nous ne le sommes pas.

Bah, vous avez bien compris, je ne suis pas en train de faire de l’outing, hein ? Si Le Monde a le droit de publier un article sur papier, diffusé, vendu sur la judéité de personnalités publiques qui n’ont peut-être pas envie d’aborder ce sujet en public (bien que je ne vois pas où est le problemo), mais qui suscite la curiosité de centaines de milliers de personnes, c’est pareil avec les gays et les lesbiennes célèbres. Si vous regardez sur Internet, vous finirez par découvrir qui passe son temps au Crillon avec des tapins qui coûtent très cher car il y a toujours un groom qui a vu le petit manège.

Si vous avez un présentateur télé qui va au Dépôt et qu’il se fait sucer par 3 mecs, faut pas s’étonner si ces trois homosexuels vont raconter les détails. Vous croyez qu’on vit dans un monde qui n’est pas influencé par la pipolisation encouragée à longueur de journée par ces personnalités elles-mêmes ? Ce n’est pas moi qui parle de faits divers et de célébrités, moi je ne suis intéressé que par le sida, les minorités et la culture homosexuelle. Je ne sais même pas qui sont ces gens qui sont jurys de X Factor ! Vous pouvez me chercher sur Google, je ne suis pas dans le carré VIP moi. Je suis juste un journaliste sans travail qui passe sa journée devant l’ordi à taper les noms des célébrités politiques et je suis étonné de voir le mot gay attaché à leur nom. Faites un procès à Google, pas à moi.

Le pouvoir de la rumeur

Mais tout ceci tombe à pic alors qu’un autre scandale sexuel éclate en France et que les éditorialistes s’insurgent encore contre le pouvoir de la “rumeur”. Après DSK qui a fait effet de catalyseur, selon Valérie Touranian [EN] de Elle, et instaure un « avant et un après » (on attend les preuves tangibles de l’après), après Tron qui démissionne, Arrêts Sur Images persiste à enquêter sur les scandales  sexuels politiques. Car toute la classe politique a déjà oublié son mea culpa post –DSK et ses promesses de cohérence. La vie privée doit être protégée ! Caroline Fourest défend DSK en disant qu’il ne faut pas fouiller dans les poubelles, Roméro appelle au coming out des parlementaires après avoir été lui-même outé, Patrick Bloche ne sait pas pourquoi il n’y a pas un seul député gay en France.

Pas étonnant qu’on n’avance pas sur le mariage gay quand les leaders LGBT ont une vision politique si étriquée. 40 années de militantisme gay, et une lesbienne défend un homme accusé de tentative de viol. Un gay qui a été planqué une grande partie de sa vie (c’était pour sa mère vous comprenez) fait la leçon aux autres. Et ce Bloche, qui est dans le milieu politique depuis le XIXème siècle (non c’est pas une erreur de typo) n’a TOUJOURS pas une idée de la source de lâcheté politique de ses semblables à l’Assemblée Nationale. Super, pas besoin de s’offusquer des déclarations de la députée UMP Brigitte Barèges si vous sortez des énormités encore pires, vu votre background.

Alors, on remercie Google d’être le meilleur ami de l’outing. Tapez le nom de l’homme ou de la femme politique qui vous intrigue le plus parce que votre gaydar vous dirige dans la bonne direction et voyez ce que ça donne. Le mot gay apparaît en premier ? Bingo. Attendez, parfois il y a le nom de son partenaire dans la vie tout de suite en dessous de “gay” ! Mais ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Dans la première page, ou la seconde, vous aurez peut-être la chance de découvrir le témoignage d’une personne naïve et de bonne foi qui, sans malice, a écrit dans son blog : “Wow, je ne savais pas que XX était gay ! Je l’ai rencontré dans un club gay du sud de la France, on a discuté et il m’a dit lui-même qu’il était gay !“. Ou mieux, vous aurez le témoignage du tapin qu’il s’est fait en 2009 ou 2010.

Et surtout, surtout : ce n’est pas parce qu’ils sont mariés et qu’ils ont deux enfants qu’ils ne sont pas gays, vous comprenez. Il y a même des présidents de grandes fédérations de sport qui sont concernés. Merci Google. Comme le rappelait Albert R. Hunt dans un édito [EN] du New York Times que l’on aurait bien aimé lire dans Têtu : “Ce que les électeurs ne pardonnent jamais, c’est l’hypocrisie“.  Avec un peu de volonté, ceci pourrait être le nouvel âge d’or du militantisme LGBT. Il n’y a qu’à se baisser… et tendre la main pour trouver les infos.

Article initialement publié sur “Minorités” sous le titre “Google, le meilleur ami de l’outing“.

Photos Flickr CC PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par CarmanAvenue et PaternitéPas d'utilisation commerciale Eric Constantineau

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Convertir les invertis http://owni.fr/2011/04/30/convertir-les-invertis/ http://owni.fr/2011/04/30/convertir-les-invertis/#comments Sat, 30 Apr 2011 11:00:30 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=59225 Il a fallu attendre 1993 pour que l’OMS retire officiellement l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Auparavant, en 1973, l’Association Américaine des Psychiatres aux États-Unis et le Ministère de la Santé en France en 1981 avaient fait cette modification.

À la recherche d’une origine, certains groupes religieux ancrent l’homosexualité dans la psychologie, allant chercher des explications dans le comportement ou l’histoire des personnes “touchées”. C’est ce que tente d’illustrer Alfie’s Home, un livre de Richard Cohen, “convertisseur” états-unien. Il raconte, sous la forme d’un album pour enfant, l’histoire d’un jeune garçon qui ressent une attirance pour les garçons. Un assistant social trouve avec lui les causes de ces sentiments : trop de temps passé avec sa mère, mésentente entre ses parents qui détruisent son image du couple hétérosexuel, manque d’affection de la part de son père et surtout attouchements de la part de son oncle. Le spécialiste lui explique ensuite qu’il ne fait que croire qu’il est gay alors qu’il n’en est rien. D’ailleurs, cette analyse “guérit” Alfie qui est “finalement heureux chez lui“.

Guérir l’homosexualité ?

Car si l’homosexualité s’explique par une modification psychologique de l’individu, il existe sûrement des moyens de la traiter et de permettre à ces gens de vivre en paix avec eux-mêmes et avec Dieu. Si, selon ces groupes, il faut se sortir de l’homosexualité c’est que ce comportement rend les gens tristes et surtout qu’il est interdit par la Bible.

Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. (Lévitique 18:22)

Ainsi, Hubert Lelièvre, aumônier auprès de malades du SIDA, rapporte dans son livre “Je veux mourir vivant” la réponse qu’il fait aux homosexuels :

Je ne peux pas te dire que vivre dans l’homosexualité soit bien, soit une route à prendre pour sa vie. D’ailleurs, je n’ai jamais entendu l’un de vous me dire qu’il en avait été heureux.

Pour résumer, un homosexuel est triste et l’aider à oublier son homosexualité c’est avant tout l’aider à être heureux dans sa vie. Ironiquement, la solitude est également une des conséquences de leurs thérapies de conversion. La seule chose que promettent ces mouvements, c’est d’oublier ses tendances et de vivre à jamais célibataire ou abstinent. Le site Truth Wins Out qui a pour but de démystifier ces thérapies aux États-Unis relève d’ailleurs toutes leurs déclarations à ce sujet dans une rubriqueEx-gay ne veut pas forcément dire hétéro“. Un autre danger de ces mouvements, selon Mary L. Gray, chercheur en anthropologie à l’Université d’Indiana, est qu’ils prodiguent des thérapies sans aucune habilitation et sans suivi psychologique pour des personnes rendues fragiles par leurs traitements.

L’histoire de ces thérapies de conversion est assez vieille et les méthodes sont variées. Des violentes, comme la lobotomie ou les décharges électriques à chaque pensée érotique impliquant des personnes du même sexe au siècle précédent. D’autres comme la “thérapie de genre“, une rééducation permettant de vivre conformément à son genre. Les hommes aiment le sport et les voitures, les filles font le ménage et la couture. Dans un film de 1999, “But I’m a Cheerleader” ces différentes thérapies sont visibles. Notamment les cours de ménage pour les filles et les cours de virilité pour les hommes, voire les leçons de sexe.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Ce que montre cette bande-annonce est également ce qu’a dit Mary L. Gray : l’inscription à ces thérapies vient souvent des parents. Ils trouvent leur fils trop efféminé ou que leur fille n’a pas assez de petits copains, ils le font aller à ces camps. En France, Christian Vanneste, député de l’UMP, avait espéré qu’il soit possible également pour ses administrés de faire de même. Il déclarait dans le documentaire, diffusé sur Arte, “Je suis homo, et alors ?” de Ted Anspach :

[Il devrait être possible], lorsque l’on perçoit ce genre d’évolution [vers l'homosexualité] de proposer aux parents une “thérapeutique”, tout au moins un traitement, un accompagnement pour faire en sorte que la personne évolue. À mon sens ce serait une bonne solution.

Le principal argument selon lui pour soigner les homosexuels est qu’une société composée à “parité d’hétérosexuels et d’homosexuels” serait une “menace pour notre avenir et on ne semble ne pas le comprendre“. Pour l’aider à contrer cette menace, il peut compter sur les mouvements “réparateurs” présents en France et notamment sur Internet. Le site OserEnParler, sous une apparence pédagogique et compréhensive de l’homosexualité propose une suite de rubriques sur l’homosexualité irréversible. De la même manière, le mouvement Exodus International propose sur son site des témoignages et un soutien, mais également une application pour iPhone.

Exodus International est une association dont un des fondateurs avait fait la une de Newsweek en 1998 avec pour gros titre “Gay for Life ?”. Sur son site et dans son application iPhone, on peut lire des conseils quotidiens pour vivre au mieux dans l’abstinence laissant transparaître une stigmatisation de l’homosexualité. Ce qui fait dire à John Avarosis, blogueur pour AMERICAblog, qu’en s’adressant aux enfants et en les stigmatisant ainsi, Exodus représente un danger mortel. D’ailleurs, une pétition lancée par Truth Wins Out largement partagée a permis le retrait cette application de l’App Store, arguant que celle-ci diffusait un discours de haine envers un groupe de personnes en particulier, une des conditions de retrait selon les conditions générales de vente d’Apple.

Du côté de la médecine

Les partisans de ces traitements ne sont pas seulement des associations religieuses. En Espagne par exemple existe une clinique proposant de convertir les gays. Un des spécialistes de cet établissement déclare :

Personne ne veut être homosexuel, cela vous tombe dessus. S’ils pouvaient changer leur orientation sexuelle grâce à une pilule, 99% d’entre eux le feraient.

De la même manière, en Grande-Bretagne, de nombreux psychiatres prétendent pouvoir effectuer de tels traitements. 1 sur 5 selon une étude en 2009. C’est notamment le cas de Lesley Pickington. Piégée par le journaliste Patrick Strudwick, elle déclarait que l’homosexualité était “une maladie mentale, une addiction et un phénomène anti-religieux“. Suite à ces déclarations, la psychiatre risque de perdre son habilitation. Un jugement un peu fort selon certains élus conservateurs, puisque l’un deux, Roger Helmer, député européen, s’est énervé sur Twitter.

Pourquoi est-il normal pour un chirurgien de pratiquer une opération de changement de sexe, mais qu’il n’est pas normal pour un psychiatre de tenter de convertir un homosexuel consentant ?

Il fut aussitôt corrigé par le porte-parole du Parti Conservateur.

Ce dont ont besoin les lesbiennes et les gays est d’un traitement équitable par la société et non pas d’un traitement mal intentionné par une minorité de professionnels de la santé.

Surtout que le parallèle entre la chirurgie de changement de sexe et les conversions d’homosexuels n’ont rien à voir souligne Mary L. Gray. Alors que l’un tente de raccorder le corps avec le genre d’une personne, l’autre est un déni d’une partie importante de l’identité par des voies non médicales.

En finir avec ces croyances

Mary L. Gray pense que ce qui est grave avec tous ces traitements , c’est qu’ils charrient avec eux toutes les croyances autour de l’homosexualité. Notamment l’obsession selon laquelle, en parlant trop d’homosexualité aux jeunes et en leur expliquant que ça n’est rien de grave, on risquerait de les convertir. Peur de la conversion qui s’associe régulièrement d’un amalgame entre homosexualité et pédophilie.

Un des moyens d’en finir avec ces idées serait de parler un peu plus ouvertement d’homosexualité, notamment à l’école. Ce qui ne risque pas d’arriver en France, après l’interdiction de diffusion du film “Le Baiser de la Lune“, qui racontait l’histoire d’amour de Félix et Léon, deux poissons. En Californie, en revanche, on parle d’inscrire dans le cursus un cours sur les combats LGBT. Peut-être un début de solution.


Illustrations CC Flickr My Little Pony Pride by Austin & Zack

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Gaypride: la polémique poids plume http://owni.fr/2011/04/12/gaypride-affiche-polemique-coq-lgbt/ http://owni.fr/2011/04/12/gaypride-affiche-polemique-coq-lgbt/#comments Tue, 12 Apr 2011 17:50:26 +0000 Hélène David http://owni.fr/?p=56566

Pour l’Égalité, en 2011 je marche, en 2012 je vote.

C’est le slogan de la Gaypride de cette année. L’invitation à l’engagement politique est pleine de noblesse, mais sa mise en image fait largement débat. Cette année, l’inter LGBT a fait appel à une agence de communication pour réaliser (gratuitement) l’affiche de l’événement. Le choix de l’illustration s’est porté sur un coq blanc portant un boa rouge, le tout sur un fond que certains voient bleu. Des codes symboliques et des couleurs qui renvoient à la République et la nation.

Le but de cette affiche est notamment d’interpeller le public au-delà des réseaux habituels“, explique Nicolas Gougain, président de l’inter-LGBT, qui concède qu’il a lui-même été surpris quand il l’a découverte.

Un jury d’associations de l’inter-LGBT s’est réuni pour valider l’affiche. Nous avons été surpris, mais on a aussi pris du recul, en se disant qu’on était pas obligés de proposer une affiche consensuelle, avec un rainbow flag, et qu’un peu de second degré ne ferait de mal à personne!

Sur twitter, les désaccords s’expriment :

En plein “débat” sur “l’identité nationale”, l’affiche infecte de l’Inter-LGBT

La réflexion initialement partagée par Marc Endeweld, journaliste, a beaucoup circulé. Certains demandent si la gaypride sera “un défilé de dindes“. “Il fait de l’œil à qui le coq borgne de l’affiche?” s’interrogent d’autres.

“Cette République n’est pas la mienne”

Un groupe facebook intitulé “l’affiche officielle de la Marche des Fiertés parisienne 2011 est infecte” a également vu le jour. Cécile Lhuillier, qui se réjouit du succès du groupe qu’elle a créé explique que sa démarche a été personnelle et spontanée, en réaction à une affiche qu’elle juge “lamentable et souverainiste“:

Quand j’ai découvert l’affiche, j’ai tout simplement eu envie de vomir. Ce ne sont pas des signes dans lesquels je me reconnais. Je ne comprends pas du tout la démarche de l’inter-LGBT. On parle de réappropriation des codes de la république, avec un coq et le bleu, blanc, rouge, d’un message qui dirait “on est tous citoyens”… Moi je ne suis pas particulièrement fière d’être française, surtout pas en ce moment. Et de quelle république parle-t-on? De celle qui ne veut pas reconnaître nos droits, qui ne veut pas qu’on ait de famille? Cette république, ce n’est pas la mienne!

Dider Lestrade est un membre fondateur d’Act Up. Il estime que “tout le débat qui a lieu sur facebook a tout à fait lieu d’être“, jugeant que cette affiche constitue “une bourde esthétique et symbolique“:

Je ne suis pas un adepte du politiquement correct. Mais là franchement on pourrait trouver autre chose! Il y a quelque chose de grossier dans cette affiche. Elle appelle à des associations d’idées…

Le coq, propriété du FN?

Pour Gilles Bon-Maury, président de l’association Homosexualités et Socialisme (HES), la polémique est “surprenante et dangereuse“. S’il concède que “l’usage fait par le FN de ces symboles est nauséabond“, il estime qu’ils ne sont et ne doivent pas être la propriété du parti d’extrême droite.

Nous avancerons contre le FN justement en nous appropriant les symboles de la nation. La référence au coq est un jeu sur la virilité dans la basse-cour, je suis très embêté que des militants y voient une référence au nationalisme. Je trouve ça bien d’interpeller les citoyens.

Ce qui est certain, c’est que l’affiche aura eu le mérite de faire parler d’elle et de la marche des fiertés. C’est donc mission accomplie pour l’inter-LGBT. “En ce sens, le buzz est plutôt positif” lâche Nicolas Gougain, alors que l’affiche n’est même pas encore imprimée.

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L’overdose gay de Lady Gaga http://owni.fr/2010/06/04/loverdose-gay-de-lady-gaga/ http://owni.fr/2010/06/04/loverdose-gay-de-lady-gaga/#comments Fri, 04 Jun 2010 10:14:01 +0000 Didier Lestrade http://owni.fr/?p=17500 Nous en sommes désormais à la millième citation de la star bionique en défense des droits des gays. C’est tellement répétitif que l’on se demande pourquoi les médias LGBT prennent encore la peine (car c’est une peine croyez-moi) de trouver des superlatifs nouveaux par rapport aux déclarations précédentes. Je pose la question : pendant combien de temps une star peut-elle radoter sur la pédalerie ?

Hey, je n’ai rien contre les stars globales qui prennent fait et cause en faveur des droits des personnes gay, bi, les lesbiennes, les trans, les intersexuées et les questionning et whatnot (le whatnot va devenir très central dans les années qui viennent, il me semble).

Cela fait deux ans que Lady Gaga est connue, cela fait un an qu’elle est N°1 major, et un fil conducteur suit cette explosion cross-over. Elle n’arrête pas de parler des gays. C’est une obsession. C’est parti du traditionnel « Mon public gay est vraiment groovy » à « Je défends les droits des personnes LGBT » au récent et définitif :

« Je défendrai toujours les droits des personnes LGBT, jusqu’à ma mort ! »

Bien sûr, il y a des variantes. Si elle se casse les deux jambes, elle pourra dire : « J’ai beau être immobilisée right now, mais cela ne m’empêchera pas de défendre les droits des personnes LGBT avec mes bras ». Quand elle recevra son premier Oscar, elle dira : « Tout ceci aurait été impossible sans les papas gays adoptifs ». Et quand elle sera morte, il y aura sur sa plaque : « Lady Gaga. Elle a défendu les droits des homosexuels ».

La question que je me pose, donc, c’est combien de temps on peut tenir avec un discours si con ? Je sais bien : il reste de nombreux coins du monde où Lady Gaga n’a pas encore « breaké » et si vous mettez ça dans le contexte de la Mongolie, le discours pro gay de Gaga a un potentiel libérateur inouï, “gay truth is marching on”, même à Ulan Bator.

Mais comme nous apprend le 19 mai dernier un très triste article du NYT, la Mongolie a actuellement des problèmes autrement plus graves avec le dernier hiver hyper dur et une sécheresse sans précédent qui viennent d’achever 20% du cheptel national. C’est énorme pour un pays qui vit de l’élevage et du coup, des dizaines de milliers de Mongols sont mis “à la rue”.

La Mongolie attendra donc pour le message émancipateur de Lady Gaga, qui est pourtant en train de se déverser sur 95% du reste de la planète. Son cri pro-LGBT précède désormais la musique, les apparitions, les concerts, les masques-chapeaux vénitiens / Leigh Bowery de l’hyprastar du XXIème siècle. Elle a un moteur intégré qui lui permet de répéter sans cesse, en 300 langues et 547 idiomes s’il vous plait, les mêmes phrases pro-gay et cette répétition met en valeur l’aspect robotique de cette jeune chanteuse qui, quand elle a une idée, la pousse à son paroxysme.

Mais laisse le tranquille!

Vient alors un moment où les personnes LGBT elles-mêmes comment à s’interroger sur une telle insistance. Les personnes LGBT sont-elles les seules, à travers le monde, à mériter un tel mouvement de sympathie? Mieux : que va-t-il se passer lorsque les conseillers de Gaga vont lui dire qu’il est temps de passer à une autre minorité souffrante ? Faut-il s’attendre à des conférences de presse avec des mémos imprimés sur papier Bristol 350gr qui expliquent que Lady Gaga est en train de pratiquer un switch stratégique des homosexuels vers les gens du voyage ? Ou alors répondra-t-elle dans les interviews :

« Vous savez, c’est fini mon discours en faveur des personnes LGBT car je suis passé à autre chose de plus novateur. J’attire votre attention sur le fait que les autistes ont développé un mouvement de libération grass roots qui est très proche du Gay lib. Leur slogan, c’est « We’re strange, get used to it ». J’aime beaucoup ça. Moi-même je suis strange. Je prépare un remix de “In My Language” ».

Pour une vieille comme moi, qui a été témoin de la présence de plus en plus importante du discours gay dans la pop depuis 40 ans, Lady Gaga représente un sujet d’émerveillement et de gerbe à la fois. Elle s’empare du sujet avec une telle obsession qu’on se demande qu’est-ce qui lui prend, et surtout : pouvons-nous récupérer notre sujet s’il vous plait, maintenant qu’il appartient plus à Lady Gaga qu’à nous ? Nous nous sommes fait voler ce qui nous appartenait ! Ça devient comme Bono pour l’Afrique : c’est le blanc qui devient plus célèbre que Mandela et ça ne plait pas à tout le monde, I’m telling you !

Franchement, si j’étais dans un groupe LGBT radical (ooooooh, c’est déjà une idée si difficile à imaginer !), je crois que je préparerais un happening où Lady Gaga serait confrontée à des folles qui auraient des pancartes : « STOP EATING MY DIN DIN, BITCH ! » ou « C’est ma brioche que tu manges, Marie Antoinette ! ». Il y a de nombreux sujets qui ont été ainsi détournés par des célébrités. Au début, ça se passe bien, tout le monde est content de découvrir une nouvelle porte-parole, surtout quand elle est aussi énorme que Lady Gaga. Après tout, c’est l’artiste N°1 de Now. On devrait être ravis. Alors, pourquoi cette gêne ?

Parce que ce serait intéressant de mesurer, dans quelque temps, si le discours rabâché de Lady Gaga sur les droits des gays fait reculer l’homophobie et aura aidé le mariage gay, par exemple. Après tout, de telles études sont faciles à faire et je parie même que les premiers chiffres sont sur le « bureau » de Lady Gaga as we speak.

Mais si ce n’est pas le cas, par exemple si son discours gagaesque n’a pas le moindre impact en Ouganda ou au Malawi, est-ce que ça veut dire que nous aurons offert notre identité à Lady Gaga, sans rien dire, pour qu’elle gagne plus de fric ? Elle ne ferait pas mieux de s’engager pour la Palestine, c’te conne ? Vous voyez ce que je veux dire ?

L’overdose homosexuelle de Lady Gaga n’engage rien et ne coûte rien. Si elle parlait de Ouïghours, il y aurait un impact. Parler des gays comme elle le fait depuis deux ans, c’est sucer la substance homosexuelle sans vraiment transformer les choses. Grâce à Gaga, le sujet gay est encore plus dévoyé, délavé, sans que les gens se posent vraiment des questions sur les gays.

C’est un sujet comme la météo. C’est comme si Gaga disait : « J’adore le soleil ! ». Ah ouais, super. Tu vas être super contente avec le réchauffement climatique, bitch.

> Article initialement publié sur le blog de Didier Lestrade

> Illustrations par A Hermida et Billie Joe’s Entourage

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